Tom Lowe
2026-10-07

Tom Lowe est une figure incontournable du surf de grosses vagues à l’international depuis plus de deux décennies. Son parcours n’a jamais suivi une ligne toute tracée : c’est plutôt une succession de lieux, de rencontres et de choix qui ont façonné Tom pour en faire celui qu’il est aujourd’hui. Originaire de St Ives, en Cornouailles, une région qui n’est pas particulièrement connue pour sa culture des grosses vagues, Tom n’a pourtant jamais considéré le manque d’opportunités évidentes comme un obstacle. Il fallait simplement aborder les choses différemment. Arrivé relativement tard au surf, Tom a d’abord voyagé pour échapper aux hivers cornouaillais, avant de se tourner progressivement vers des vagues toujours plus grosses. L’Irlande est devenue une seconde maison, où il passait ses hivers à surfer les slabs de Mullaghmore, d’Aileens et de Riley’s aux côtés de la communauté soudée qui gravitait autour de ces vagues. Tahiti allait ensuite devenir un chapitre déterminant de sa carrière : deux accidents qui ont failli lui coûter la vie allaient changer sa vision de l’existence.
Aujourd’hui, Lowe vit avec sa femme et leurs deux filles à Raglan, en Nouvelle-Zélande. Sa vie est désormais bien différente de l’existence nomade qui a marqué sa vingtaine. Il y a davantage d’ancrage et une compréhension beaucoup plus claire de ce qui compte vraiment. Après avoir récemment remporté le titre de Big Wave Surfer of the Year, nous avons rencontré Tom pour parler de la Cornouailles, de l’Irlande, de Tahiti, de la paternité, des boards et de ce que signifie continuer à poursuivre les swells après avoir déjà frôlé la mort.
Pour celles et ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Tom Lowe, je suis né à Penzance, en Cornouailles, au Royaume-Uni, et j’ai grandi dans la région de St Ives. Ma famille et ma communauté sont toujours là-bas, donc les Cornouailles seront toujours chez moi. Ici, en Nouvelle-Zélande, j’ai désormais une nouvelle famille. Ma femme est Māori, nous avons deux filles et, aujourd’hui, nous avons enfin notre petit cocon ici : notre premier vrai chez-nous.
J’ai mené une vie assez nomade. Depuis mes 16 ans environ, il n’était question que de voyager, de faire du skate, de surfer et d’échapper aux longs hivers sombres du Royaume-Uni – cet hiver façon Mordor. Mes potes et moi sommes partis en Indo, en Australie, au Mexique, à Hawaï, un peu partout. Il ne s’agissait pas de traquer les swells ou de consulter les cartes météo. On avait quelques boards d’occasion à nous tous et on partait, tout simplement.
J’ai même commencé à vraiment me mettre debout sur une planche vers 15 ans. Avant ça, j’étais surtout bodyboarder, je regardais tous les films et j’admirais les gars des Cornouailles. À la base, j’étais surtout skateur. Je n’étais pas particulièrement doué, mais j’adorais ça. Puis je suis allé pour la première fois à Lakey Peak, en Indonésie, et tout à coup je me suis dit : ça y est, je suis surfeur. J’y suis retourné année après année, et c’est vraiment là que tout a commencé.
Alors, comment un gars de St Ives se retrouve-t-il en Nouvelle-Zélande, littéralement à l’autre bout du monde… raconte-nous comment tu en es arrivé là.
Je n’ai jamais vraiment rien planifié. Je lance des choses dans l’univers et je reste ensuite ouvert à ce qui revient. Si quelque chose me semble juste, si mon instinct et mon cœur sont en accord, je me lance à fond.
J’ai rencontré ma femme il y a environ onze ans à Puerto Escondido. On s’est rencontrés au petit-déjeuner et, tout à coup, on était ensemble, à voyager à travers le Mexique, à découvrir différentes cuisines, à partir dans les montagnes – on profitait simplement de la vie. J’étais complètement amoureux. J’avais une compétition qui m’attendait et j’arrivais à peine à marcher, mais je m’en fichais. Dans ma tête, j’avais déjà gagné la compétition parce que j’avais rencontré cette fille.
Nous avons vécu pendant des années entre le Portugal et les Cornouailles, puis la Nouvelle-Zélande s’est imposée tout naturellement. J’ai toujours eu le sentiment que je ne vivrais probablement pas éternellement en Cornouailles. Quand on a des enfants, les priorités changent complètement. Il s’agit de faire ce qui est le mieux pour eux. La Nouvelle-Zélande offre beaucoup d’espace, les gens sont géniaux, les conditions de surf sont constantes et ça nous a tout simplement semblé être un bon endroit pour y grandir. Alors nous voilà.
Revenons du passé au présent : tu viens de remporter le titre de Big Wave Surfer of the Year. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
C’était un voyage complètement fou et je suis simplement incroyablement reconnaissant. Je crois que je dois encore réaliser tout ce que ça signifie, je suis toujours en train de digérer. Je veux dire, que dire ? C’est un immense honneur. Un moment vraiment surréaliste. Tout l’amour et tout le soutien que je reçois en ce moment me bouleversent, et je suis simplement incroyablement reconnaissant. Je suis complètement sur le cul !
Être surfeur de grosses vagues anglais n’est pas toujours une combinaison évidente. Raconte-nous cette évolution.
Pour moi, ça a été un processus très long et progressif. Il n’y a jamais vraiment eu de moment décisif où tout a basculé. C’était simplement des années de hauts et de bas. Je me suis toujours senti comme un outsider. J’ai grandi en Cornouailles, où on ne se met pas vraiment en avant. Si tu faisais ça, tes potes te chambreraient sans relâche. Tu pouvais faire la couverture d’un magazine ou remporter quelque chose sans même en parler à qui que ce soit. Tu continues simplement ton chemin.
Je n’ai jamais eu énormément confiance en moi, surtout quand il s’agissait de grosses vagues. Mais j’ai toujours été prêt à essayer. Malgré tout, surfer au niveau de certains de ces gars me semblait être un rêve lointain. J’étais assis au large à côté de Kai Lenny ou de Billy Kemper et je me disais : cette vague, je la leur laisse. Je déteste me battre pour une vague, je suis toujours tout au fond de la file – c’est simplement comme ça que je suis.
Le problème, quand on vient d’Angleterre, c’est qu’on n’a pas de spot de grosses vagues. Tu arrives à Mavericks, par exemple, et personne ne sait qui tu es. Tu es juste cet Anglais qui débarque de nulle part. J’avais donc l’impression de devoir travailler deux fois plus dur. Je faisais des sessions interminables. Six semaines à Mavericks, à vivre dans une caravane. Trois mois à Hawaï. Je partais à l’eau avec les OG, j’empruntais des boards, je les regardais et j’apprenais auprès d’eux. Je gardais la tête baissée et j’essayais simplement d’attraper la vague la plus dingue possible.
Il ne s’agissait pas vraiment de prouver quoi que ce soit à quelqu’un d’autre. Il s’agissait de me prouver quelque chose à moi-même. Et même aujourd’hui, je ne gagne pas encore ma vie avec le surf de la manière dont on pourrait l’imaginer. Je fais plein de choses à côté, je prends des petits boulots et j’essaie de faire fonctionner tout ça comme je peux. Tu le fais parce que tu aimes ça. Et quand tu as quelques bons swells, tu dois en profiter.

Mullaghmore, Aileens, Riley’s et l’Irlande en général ont toujours occupé une place particulière dans ta carrière. Parle-nous de ta relation avec ces vagues et cette communauté.
L’Irlande me fait beaucoup penser aux Cornouailles : une nature sauvage, des tempêtes déchaînées, une force brute – et, en même temps, des gens incroyablement chaleureux et solides. J’y vais depuis plus de 20 ans et je suis toujours aussi impatient d’y retourner chaque année. Beaucoup de nos potes des Cornouailles vivent désormais là-bas, alors ça ressemble à une autre petite famille.
Une grande partie de cette histoire a commencé avec Mickey Smith. Je l’ai rencontré quand je travaillais comme sauveteur et j’avais vu les photos qu’il prenait des gars en train de surfer ces slabs, devant ces falaises gigantesques. Je me suis dit : c’est là que je veux aller, je veux voir ça. On est partis avec quelques potes et c’était simplement un surf trip tout ce qu’il y a de plus classique – avec, en prime, les vagues les plus dingues que j’avais jamais vues. J’étais complètement subjugué. Puis Mickey a découvert Riley’s, ce slab gauche magnifique et complètement fou. Je n’avais jamais été tracté auparavant, mais comme j’avais appris à conduire un jet-ski quand j’étais sauveteur, on a simplement appris à le faire au fur et à mesure. Lors de ce premier voyage, j’ai rencontré Fergal. Au final, j’ai vécu environ cinq hivers chez Ferg et j’ai passé une dizaine d’hivers dans le coin, avec quelques allers-retours, mais principalement dans le comté de Clare. On s’est procuré des jet-skis, on a exploré la région et, petit à petit, on a découvert ces spots.
Les photos de Mickey ont vraiment contribué à faire évoluer les choses. Il photographiait simplement parce qu’il adorait ça, puis envoyait les images aux sponsors parce qu’il voulait qu’on puisse être payés et qu’on n’ait pas à retourner en Cornouailles pour travailler dans une usine de caoutchouc ou creuser des trous. Il y avait vraiment des journées pourries. Il faisait un froid glacial, c’était intense et brutal. Mais ensuite, tu te mettais à l’eau et les conditions étaient complètement en feu – et tout ça disparaissait d’un coup.
L’Irlande m’a énormément apporté. J’y retournerai toujours, aussi longtemps que mon corps me le permettra.
En dehors de l’Irlande, quelles sont les autres vagues qui comptent particulièrement pour toi ?
Les îles Canaries ont été très importantes pour moi. J’y ai vécu environ cinq ans et j’avais une super communauté autour de moi. J’aurais très bien pu y rester.
Le Portugal a également occupé une grande place dans ma vie. J’ai passé près de dix ans dans la région d’Ericeira, avant et après ma rencontre avec ma femme.
Puerto Escondido restera toujours spécial pour moi parce que c’est là que je l’ai rencontrée. Mais c’est aussi tout simplement un endroit avec une énergie incroyable. D’une certaine manière, la vie y a toujours été bonne avec moi. Hawaï aussi, évidemment : en famille, nous y avons passé plusieurs longs séjours, et c’est un endroit incroyablement spécial qui m’a offert certains de mes meilleurs rides.
Et puis, bien sûr, Tahiti. Cet endroit m’a profondément marqué. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à ce qui s’y est passé. Ça fait désormais partie de moi. J’ai essayé de laisser tout ça derrière moi, mais c’est trop intense pour ça. En même temps, je considère cette expérience comme un cadeau. On grandit le plus lorsqu’on traverse des périodes tragiques. C’est simplement dans la nature humaine. Alors je dois accepter ce qui s’est passé et lui laisser sa place.
Puisque tu évoques Tahiti : tu y as eu deux accidents graves en surfant. Peux-tu nous raconter ce qui s’est passé lors du premier ?
Le premier a été vraiment traumatisant. J’ai été projeté au-dessus de la lèvre de la vague, j’ai heurté le récif, me suis cassé cinq côtes, me suis blessé au poumon et me suis fracturé l’épaule. Ensuite, j’ai dû regagner seul le lagon depuis le récif, puis rejoindre la plage. J’étais seul et je savais que si j’arrêtais de bouger, j’allais mourir.
J’étais complètement en mode survie. Ça me fait penser à ces films sur les alpinistes où quelqu’un avance péniblement dans la neige parce qu’il sait qu’il doit continuer. En mode survie, on peut accomplir des choses incroyables. Je reprenais connaissance par moments, puis je la perdais à nouveau. Une fois arrivé sur la terre ferme, j’ai fait un choc et je suis ensuite passé par des états de conscience complètement différents. L’hélicoptère, l’hôpital, l’opération, les médicaments – c’était un voyage complètement dingue de 24 heures.
Je ne peux même pas vraiment mettre des mots sur ce qui s’est passé pendant cette période. C’est comme essayer d’expliquer quelque chose de psychédélique pour lequel les mots n’existent pas. Quand j’ai retrouvé pleinement conscience, j’ai simplement ressenti une immense gratitude. Je me suis dit : putain, j’ai eu de la chance. Merci d’être encore là. Ma femme était enceinte de notre plus jeune fille, puis tout le monde est venu me rejoindre. Mon assurance voyage n’a pas pris les frais en charge et je me suis retrouvé avec une énorme facture d’hôpital, mais Greg Long m’a écrit : « Ne t’inquiète pas. On s’occupe de toi. »
Il a lancé une campagne GoFundMe et la réaction m’a bouleversé. Des gens que je connaissais de chez moi et qui avaient eux-mêmes à peine les moyens de vivre ont donné 20 ou 100 livres. J’ai écrit à chacun d’entre eux pour les remercier. Ça n’a fait que renforcer ce sentiment de gratitude.

Et ensuite, tu es retourné à Tahiti et tu as eu un deuxième accident ?
Deux ans plus tard, j’y suis retourné. J’avais déjà fait quelques bonnes sessions et je commençais à avoir l’impression de retrouver peu à peu confiance. J’ai pris cette vague, une vague venant de l’ouest que personne ne regardait vraiment parce qu’un set plus gros arrivait derrière.
Je me souviens à peine du ride. J’ai dû heurter le récif très violemment, parce que j’avais des plaies sous le menton, sur la joue et sur toute la tête. J’ai perdu connaissance et je n’étais plus qu’un corps inerte projeté sur le récif. Les gars sur les bateaux et les jet-skis ont fini par comprendre que quelque chose n’allait pas. Vatea est arrivé en jet-ski et m’a trouvé inconscient, le visage dans l’eau du lagon. Sage Burke était également là et, ensemble, ils m’ont tiré sur la luge de sauvetage et ont commencé les manœuvres de réanimation. Cinq minutes plus tôt, ils m’avaient encore pris dans leurs bras en me disant à quel point ils étaient heureux de me revoir.
Et soudain, ils me sauvaient la vie.
Je n’ai que quelques souvenirs fragmentaires – Vatea qui me tient et me dit : « Tu vas y arriver, frérot. » Puis je me souviens de l’ambulance et je me suis dit : je suis encore ce gars-là. C’était une sensation horrible. Plus que tout, j’étais déçu. J’avais perdu de la manière la plus brutale qui soit. Je me suis retrouvé dans le même hôpital, pratiquement dans le même lit. Le même employé de l’assurance est entré et m’a dit : « Vous encore ? »
Je suis resté là-bas six semaines. Même si j’étais à Tahiti, avec ma famille, dans un endroit magnifique, je n’arrivais à rien ressentir de tout ça. J’étais complètement absent.
Comment se remet-on mentalement de quelque chose comme ça ?
Lentement.
Pendant les trois premiers mois, j’ai simplement essayé de vivre sainement. Bien manger, dormir dès que je le pouvais, faire des exercices de respiration, marcher, aller au sauna, prendre des bains glacés. Je n’ai pas pris les médicaments qu’on m’avait prescrits. C’était mon choix – je ne dis pas que c’est la bonne chose à faire pour tout le monde.
Je me retrouvais régulièrement dans des moments où je me sentais complètement détruit, et je me suis simplement autorisé à ressentir ce que je ressentais. Il faut traverser ça plutôt que de le fuir. J’avais des problèmes de sommeil, alors je me suis mis à courir très doucement, en respirant uniquement par le nez – c’était essentiellement de la méditation. Je suis allé surfer à Raglan, sur des vagues faciles, où je pouvais simplement profiter de la sensation d’être dans l’eau sans que quelqu’un ne me tombe dessus.
Puis l’hiver est arrivé et j’ai commencé à m’inquiéter de rater les swells. Je me disais : je devrais y aller, il faut que j’assure, il faut que je fasse quelque chose pour les sponsors. Mais la plus grande partie de la pression venait de moi. Tout le monde autour de moi me disait de prendre mon temps. À un moment donné, je suis retourné en Irlande.
J’étais extrêmement tendu. Plusieurs fois par semaine, je pleurais sur le chemin pour aller surfer. J’y allais, je m’asseyais quelque part tout seul et je laissais simplement les émotions sortir. Puis les vagues ont commencé à m’offrir des rides incroyables. Chaque session avait l’impression de me rendre quelque chose. À la fin, j’avais réalisé les meilleurs rides de ma vie.
Je ne sais pas vraiment comment c’est arrivé. Je sais simplement qu’il fallait que je traverse cette épreuve.
En quoi le fait d’être père influence-t-il ta vision des grosses vagues ?
Avant la naissance de ma première fille, j’avais des doutes. Toute ma vie, j’avais été ce surfeur assez égoïste. J’avais l’habitude de vivre à mon propre rythme et de faire simplement ce que je voulais. Puis elle est née et, tout à coup, j’ai ressenti un amour que je n’avais jamais connu auparavant. Cette année-là, j’ai réalisé mon meilleur ride à Mullaghmore – une vague que je poursuivais depuis 15 ans. Je ne sais pas s’il y a un lien, mais ça semblait quand même assez cosmique.
Avoir des enfants change complètement la perspective. Ils passent en premier et, naturellement, on devient un peu plus doux avec soi-même. Tu n’as pas besoin de surfer tous les jours. Tu n’as pas besoin de repousser tes limites à chaque entraînement. Parfois, tu dois simplement être là pour eux.
Et ça enlève toute la pression.
Je reste ambitieux avec moi-même. Je veux attraper une meilleure vague que toutes celles que j’ai surfées auparavant. Mais je ne me compare pas vraiment aux autres. Après ce qui s’est passé à Tahiti, le simple fait de pouvoir à nouveau surfer de grosses vagues est déjà une victoire.
À quoi ressemble une journée tout à fait normale en Nouvelle-Zélande ?
En général, je me réveille vers 4 h 30 ou 5 h. Café, entraînement ou directement à l’eau aux premières lueurs. J’aime avoir mon heure à moi tôt le matin. C’est comme cette heure privilégiée qui n’appartient qu’à moi. Ensuite, les filles se lèvent et c’est parti pour le petit-déjeuner, l’école et tout ce qui est prévu au programme. J’emmène mon aînée à l’école et je passe du temps avec la petite pendant que ma femme travaille. On se laisse simplement porter par la journée. Quand il fait beau, on va à la mer. On va peut-être à la bibliothèque, au trampoline park ou aux sources chaudes, on prend un chocolat chaud et on se balade un peu en ville.
Quand les conditions sont vraiment bonnes, je vais surfer l’après-midi. Sinon, j’allume le sauna. Ensuite, dîner, je joue avec les filles, elles vont se coucher vers 19 ou 20 heures et, généralement, je dors vers 20 h 30.
C’est une vie simple, mais une belle vie. On fonctionne vraiment bien tous les quatre.
Parle-nous des boards que tu surfes en ce moment.
Je surfe sur des boards de Christenson. C’est mon shaper pour mes guns depuis plus de 20 ans et il me sponsorise depuis dix ans – c’est un immense honneur. J’ai les guns et les step-ups habituels, mais dernièrement, j’ai aussi surfé quelques boards plus petites. En Californie, je me suis acheté un 5'6" Round Pin qui m’a complètement bluffé. Cette board a une énergie incroyable.
J’adore aussi un Lane Splitter – un petit 5'6" et un 5'8" Swallowtail. C’est simplement fun. De la vitesse, du skate, de la créativité. Mais mon board de prédilection absolu reste le Long Phish. Je n’ai jamais eu une mauvaise session sur cette board. Quand je veux relâcher la pression et simplement glisser, c’est ma board pour les petites vagues. Quand les vagues sont bonnes, en revanche, je surfe le modèle OP dans 80 % des cas.
J’aime les grosses boards. J’aime la sensation d’avoir un long rail sous les pieds. Je ne sais pas ce que ça donne visuellement, mais j’aime vraiment ce que je ressens dessus quand je surfe.

Et ton film actuel, A Thousand Lives ?
C’était Mickey. Il me l’a fait comme un cadeau.
On avait les images des deux accidents et je lui ai simplement dit : je veux que tu racontes cette histoire d’une manière qui ait quelque chose de cosmique. Je veux que tu sois totalement libre et je veux que ce soit aussi brut que possible. Il m’a demandé de lui envoyer des messages vocaux sur différentes parties de l’histoire, puis il est simplement parti faire le film.
Quand il m’a envoyé le premier montage, j’étais seul à Puerto, au Mexique. Je l’ai regardé et j’ai pleuré pendant tout le film. Je lui ai simplement dit : c’est ça. C’était tellement brut. Il n’y avait pas vraiment de formule – c’était simplement une sensation.
Ça résume assez bien Mickey pour moi. Il a toujours fait les choses parce qu’elles comptaient pour lui. Il ne demande rien en retour. Il veut simplement le meilleur pour toi.
Qui sont tes modèles, dans le surf comme en dehors ?
Mickey en fera toujours partie. C’est l’une des personnes qui ont le plus influencé ma vie.
L’artiste Danny Fox aussi. Je me reconnais dans son parcours. On est tous les deux parfois un peu cabossés, et on a tous les deux tout donné pour ce qu’on fait. Quand je traverse des périodes difficiles, j’appelle Danny parce qu’il comprend.
Nate Fletcher a également eu une énorme influence sur moi. J’adore sa façon de surfer, son style et sa manière de penser. Il est excentrique et totalement lui-même. Il a cette énergie qui te donne immédiatement envie de t’exprimer.
Ma femme, bien sûr. C’est mon roc. Elle a tout géré pendant que je faisais face à la commotion cérébrale et à tout le reste. Et mes enfants. Ce sont mes plus grandes sources d’inspiration.
Mon père aussi. Je lui parle presque tous les jours. Il n’a jamais surfé de sa vie, mais d’une certaine manière, il en sait plus sur le surf que moi. C’est mon plus grand fan. Et bien sûr, ma mère – c’est quelqu’un de très spirituel, alors nous avons cette connexion cosmique depuis le premier jour.
Quels surfeurs t’inspirent ?
Harry Bryant. J’adore regarder Harry surfer. C’est un super pote et tout simplement un putain de bon surfeur.
Il y a tellement de jeunes gars qui font des choses incroyables en ce moment. Le niveau est complètement dingue. Mais je suis toujours attiré par les personnalités et les gens qui se sont construits à partir de rien.
Peut-être que je suis simplement devenu un vieux monsieur, mais j’aime aussi garder une part de mystère.
Quand j’étais plus jeune, tu voyais une photo ou un film de quelqu’un en train de surfer et c’était tout. Tu ne savais pas ce que la personne avait mangé au petit-déjeuner, ce qu’elle avait fait à la salle ou ce qui lui traversait la tête toutes les cinq minutes. Ces surfeurs devenaient des personnages presque mythiques. Les réseaux sociaux ont changé ça. Aujourd’hui, tu peux tout savoir sur quelqu’un. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, mais j’aime quand il reste un peu de mystère.
Et maintenant, quelle est la suite ?
J’essaie de ne pas me mettre trop de pression.
On parle beaucoup d’un nouvel épisode d’El Niño particulièrement fort, et je me dis : la dernière fois, ça signifiait six semaines de vagues de 60 pieds à Jaws. Pour l’instant, je ne veux pas avoir l’impression de devoir être partout. Je veux aller quelque part parce que j’ai vraiment envie d’y surfer une vague, pas parce que j’ai peur de rater quelque chose. Je serai toujours heureux de retourner en Irlande. Aileens, Mullaghmore – j’adore ces endroits. Mais je crois qu’Hawaï et Jaws pourraient peut-être m’attirer un peu plus cet hiver.
L’objectif le plus important, c’est simplement de rester en bonne santé et de rester entier.
Un dernier mot ?
Je crois que le plus important, c’est de comprendre qu’en réalité, nous ne contrôlons pas grand-chose. Tout peut changer à n’importe quel moment. Alors apprécie ce que tu as. Reste ouvert. Sois honnête. Sois authentique avec les gens qui t’entourent et qui veulent vraiment le meilleur pour toi. Dis à ta famille que tu l’aimes. Et si tu traverses une période difficile, crois-moi, tout le monde traverse des moments difficiles. Parle-en, mets des mots dessus.
Ces petits appareils que nous avons constamment avec nous peuvent nous donner l’impression d’être connectés alors qu’en réalité, ils nous isolent encore davantage. Sors. Reconnecte-toi à la nature. Pose ton téléphone. Reconnecte-toi à ta communauté, à tes proches, à ta famille. Parce que c’est ça, le vrai lien.