Kilian Roth

2026-01-15

Dans l’univers du BMX de rue moderne, où le bruit prend souvent le pas sur la finesse, Kilian Roth est une exception. Il ne cherche nullement à se faire remarquer. Les artifices, ce n’est pas son truc. Il se contente de rouler, avec une précision presque architecturale et délibérée, au point que ses collègues s’arrêtent de scroller et murmurent : “Attends… qu’est-ce qu’il vient de faire, là ?” Originaire d’une petite ville du sud de l’Allemagne, Kilian Roth a grandi loin des capitales des sports d’action, une distance qui n’a fait que renforcer sa maîtrise et sa précision. Comme bon nombre d’autres coureurs venus de lieux calmes, il a appris très tôt à transformer la rareté en créativité.  Au moment où il s’était immiscé dans la conscience du street-riding européen, il avait déjà développé ce que tout rider sérieux convoite, mais que peu possèdent : le style.
 

 

Kilian s’est forgé une réputation, non pas seulement comme coureur, mais comme véritable artisan du BMX de rue, transformant rails, murets, gaps et géométrie urbaine en toiles où il déploie une précision technique singulière et une fluidité rare. À une époque où la viralité masque souvent le savoir-faire et la précision, Kilian Roth fait figure de boussole : il oriente le BMX vers l’authenticité, la créativité et l’acte profondément personnel qui consiste à voir une ville non pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle pourrait être. 
 

Pour ceux parmi nous qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Kilian Roth, j’ai 29 ans et je viens de Ravensbourg, dans le sud de l’Allemagne. Voilà, c'est tout !

 

Peux-tu nous raconter ton parcours dans le monde du BMX ?

Quand j’étais enfant, mon grand frère était passionné de skateboard. Je le suivais au skatepark local et j’essayais d’en faire moi aussi, mais pour être honnête, je n’étais pas très doué. J'étais vraiment nul. En même temps, j’étais fasciné par les gars qui faisaient du BMX. Un jour, en rentrant à la maison, j’en ai parlé à mes parents et, pour mon onzième anniversaire, ils m’ont offert un BMX. Au début, j’en faisais dans les parcs, puis, au fil du temps, je me suis mis à en faire dans la rue.

 

Je crois que c’était en 2011 : un de mes bons amis de Ravensbourg connaissait un photographe qui travaillait alors pour des magazines. Il lui a dit : “Hey, il y a ce jeune garçon dans ma ville, je pense que ça vaudrait le coup de le photographier.” Alors un jour, on est tous allés à Stuttgart pour une séance photo. Tout s’est super bien passé et l’une des photos a même fait une double page dans le magazine Freedombmx. C’était assez irréel pour moi, à 15 ans. C'est vraiment là que tout a commencé. C’est fou de penser qu’à l’époque je portais une chemise avec un énorme logo CULT… et que quelques années plus tard, j’ai fini par rider pour cette marque, ce que je fais encore aujourd’hui. C’est dingue comme quelques instants peuvent finir par bouleverser toute une vie.

 

Pour être honnête, j’ai l’impression que tout s’est déroulé en un éclair, comme dans un rêve. J'ai beaucoup de chance.

À quoi ressemble une journée typique à Ravensbourg ?

Il m’a fallu du temps pour apprendre à prendre soin de moi, mais au fil des années, j’ai compris qu’il fallait vraiment en faire une priorité, car je ne suis plus tout jeune. Rien de tel pour moi que de commencer la journée en me levant tôt, en m’étirant, et en courant au cœur de la forêt. Puis je rentre chez moi et je prends un bon petit-déjeuner : du porridge avec de bons fruits et des noix, c’est la clé. Après, ça dépend si c’est une journée de travail ou pas : soit je travaille quelques heures, soit je m’attelle à diverses tâches. Après le déjeuner, je fais un peu de BMX : soit quelques heures dans la rue, soit au skatepark local, ou je prends la voiture pour découvrir de nouveaux spots. Le week-end, je filme les missions et pars explorer de nouveaux endroits.
 

Peux-tu nous décrire la scène locale ?

C’est assez petit ici, pas du tout la taille de Berlin ou Cologne. Pourtant ça bouge : chaque année apporte de nouveaux riders au parc local, et c’est vraiment chouette de voir l’énergie et la motivation des gens.
 

Où aimes-tu pratiquer chez toi ?

Je pratique autant dans la rue qu’au parc, mais mes proches savent que j’ai un rail favori : plat, une douzaine de mètres de long, légèrement incurvé, et situé dans un coin tranquille. C’est le spot idéal pour tester de nouvelles figures ou simplement pour me détendre et m’isoler du monde pendant quelques heures. J'aime beaucoup cet endroit.
 

As-tu des endroits favoris en dehors de l’Allemagne, ou quand tu voyages ?

J’habite tout près de la Suisse, et ces derniers temps, j’y ai passé pas mal de week-ends. L’architecture et le béton brut offrent des spots incroyables. Même dans les petits villages au milieu de nulle part, on trouve des setups parfaits. La Suisse figure définitivement très haut sur ma liste. Londres est aussi une ville géniale. J’y suis allé plusieurs fois pour filmer, je m’y amuse toujours beaucoup et la quantité de bons spots est incroyable.
 

Ton voyage préféré ?

Le Japon. Merci à Bruno de m'avoir invite ! On y est allés il y a quelques années, et je sauterais sur l’occasion d’y retourner.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

La plupart des projets vidéo sur lesquels j’ai travaillé ces dernières années viennent tout juste d’être publiés. Entre quelques vidéos de voyage et une promo cadre pour Cult, je me suis surtout concentré sur la partie “QUANTUM”. Comme le dit le dicton, dès qu’une vidéo est bouclée, il est temps de passer à la suivante. Alors je m’active et je filme autant que possible pour les projets à venir.
 

Quels sont les projets auxquels tu as participé ces dernières années dont tu es le plus fier ?

Je dirais que la vidéo dont je suis le plus fier, c’est QUANTUM. Ça a demandé énormément de travail et de temps, mais je suis super content du résultat. Merci infiniment à Rich Forne pour tout le temps et l’énergie qu’il a consacrés à ce projet. Sans lui, rien de tout cela n’aurait été possible. Au début du tournage, nous n’avions aucune idée de où tout cela nous mènerait. On n’avait aucun sponsor, ce qui était chouette d’un côté, puisqu’il n’y avait ni deadlines ni contraintes, mais de l’autre, ça rendait l’organisation beaucoup plus difficile. Grâce à Rich, j’ai pu l’accompagner sur quelques voyages pour d’autres marques en tant que photographe, et ça m’a aussi permis de filmer quelques séquences avec lui. C’était avant tout un projet auto-financé. Je suis d’autant plus ravi que le projet a trouvé sa place et ait finalement pu être lancé grâce à Vans. Merci à Alex Valentino d’avoir rendu tout cela possible.

 

Un autre projet que je ne veux surtout pas oublier, c’est la vidéo Endless – ZONES ! Je suis très reconnaissant d’en faire partie. Être entouré de tous ces riders incroyables, c’est tout simplement surréaliste ! Un immense merci à Eisa et Tonash !

 

Tu fais partie d’équipes spécifiques ?

Non, pas vraiment. Mais j’aime bien voyager avec Marius, je trouve qu’on a un style similaire. Et il est toujours partant pour explorer de nouveaux endroits. Lui, c’est pied gauche devant, moi pied droit, donc ça s’équilibre : il adore certains spots, moi d’autres. J'aime bien voyager avec lui et repousser mes limites.

 

Quelle importance a, selon toi, la relation entre le rider et le filmeur, comme ta relation avec Rich ?

Rich possède une vision extraordinaire. C’est un vrai plaisir de bosser avec lui, et il sait exactement comment capturer le rendu parfait. Il est très rapide aussi, toujours prêt à agir. Ça fait toute la différence pour le rider, selon moi. C’est fondamental.

 

Récemment, tu as commencé à privilégier les grandes installations. Depuis quand et pourquoi ce choix ?

Pour être honnête, je ne sais pas vraiment comment ça s’est passé. Il y a quelques années, je mettais surtout l’accent sur la technique, notamment pour les films. Je pense que c’est simplement ma façon d’évoluer.

 

Tu es reconnu pour ta sélection de spots. Quelle est ton approche ?

Pour moi, le plus important, c’est de dénicher le spot idéal, plutôt que de chercher à placer la figure parfaite sur n’importe quel spot. Pour moi, c’est le spot qui dicte la figure.
 

Quel est ton avis sur la scène BMX en Allemagne ?

La scène allemande est très dynamique en ce moment, avec des tonnes d’événements chaque année. Parfois, on a l’impression que c’est plus grand que jamais. On voit apparaître plein de nouveaux talents et d’équipes un peu partout, et c’est super sympa.

 

Par quoi et qui es-tu inspire ?

Le BMX. J'apprécie la créativité et la liberté qu'il offre. Il y a trop de gens à nommer. Chacun a son propre style, que je respecte, et je suis inspiré par tous ceux qui repoussent leurs limites et restent fidèles à leur style.

 

Et en dehors du BMX ? Qu'est-ce qui te branche ? Quels sont tes centres d'intérêt ?

J’ai grandi près des Alpes et je vis toujours dans la même région, donc j’ai toujours été attiré par les sports et activités de montagne. Je suis fan de snowboard, surtout le street. Les spots où ils pratiquent sont impressionnants, les installations incroyables, et il y a tellement de points communs avec le BMX que ça me donne immédiatement envie de rider. Benny Urban est quelqu’un que j’admirais quand j’étais plus jeune. Je l’ai rencontré il y a quelques semaines lors d’un voyage à Innsbruck, et c’était vraiment chouette.

 

À côté de ça, je me suis mis à la photo ces dernières années. J’ai même eu la chance de participer à quelques voyages et de les photographier, comme le Vans Unfiltered Trip en Afrique du Sud, ou certains voyages en Europe pour FREAK, mais je considère encore ça comme un hobby. Je trouve que c’est un super équilibre de rider et de se consacrer à autre chose qui complète parfaitement cette activité. De temps en temps, j’utilise des caméras analogiques, mais j’utilise principalement du numérique. J’aime toujours admirer de belles photos de ride et feuilleter des magazines, pas uniquement de BMX, mais aussi de skateboard.

 

Ta chaussure Vans préférée ?

Les Slip-Ons à 100 %. Toujours. Noires avec une semelle blanche.

 

Un dernier mot ? Un message pour Internet ? Un message à ton ancien toi ?

Merci à ma famille, mes amis et mes sponsors. Restez toujours fidèles à vous-mêmes, poursuivez ce que vous voulez vraiment et ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible. Tout est possible.